De l’amour du pouvoir au pouvoir de l’amour

Olga Pitarch : chant

Marco Horvat : chant et théorbe

 


« Mon pouvoir est dompté

Par un pouvoir supresme ! »

 

 


Présentation

 

 

Nous avons puisé essentiellement, pour construire ce programme autour du pouvoir, dans le répertoire des Ballets de la cour de Louis XIII. Chaque année en effet, avant le carême, étaient organisés deux festivités d'importance : un Ballet du Roi à l'intention des courtisans et, quinze jours plus tard, un Ballet de la Reine à l'intention des dames de la cour. La musique de ces importants événements, confiée à différents compositeurs, ne nous est parvenue que partiellement, des pièces isolées étant publiées dans les collections d'airs de cour de Robert Ballard, imprimeur du roi. C'est en général au début de ces publications que l'on trouvait les récits à la gloire du roi, de la reine, ou de quelque grand personnage de la cour, le reste de l'ouvrage était consacré à la chanson courtoise et se terminait par quelques airs de dévotion.

 

Il en sera de même pour le programme de cet après-midi : après avoir célébré les grands de ce monde, nos airs rendront hommage à celui qui les gouverne tous : Cupidon. Puis, comme dans la légende de Saint Christophe, nous chercherons un pouvoir plus grand, qui n'est autre que celui de Jesus Christ, le maître de l'Amour. Avec la parodie spirituelle « De quoy ne peut être vainqueur » la boucle sera finalement accomplie. En effet, cette pièce utilise la musique d'un air à la louange du roi dont les paroles sont les suivantes :

 

Grand Roy qui portes en tous lieux
Mars en ton cœur et l'Amour en tes yeux...

pour en faire ceci :

De quoy ne peut être vainqueur
L'homme qui peut loger Dieu dans son cœu
r ?

 

Puissant retournement de tous les pouvoirs ! D'autant que, plus loin dans le poème, nous entendons dans la bouche de Saint Pierre allant au martyre les paroles suivantes :

 

Rome, je veux vaincre aujourd'huy
Ton Empereur, et triompher de luy !


En ce qui concerne la musique, la part belle est faite à Antoine Boesset, grand ordonnateur de ces festivités royales jusqu'en 1635. Les espagnols étant évoqués avec le Ballet des voleurs de 1624 - qui fait référence aux prétentions de l'Espagne en Suisse - nous avons inséré une petite curiosité musicale : un air en castillan d'Étienne Moulinié à la louange d'Anne et de Louis, allégeance de l'Espagne aux souverains de France. Avec Giulio Caccini, nous ne quittons pas réellement la cour de France puisque ce grand chanteur florentin fit une grande impression quand il vint chanter devant le roi et la reine avec toute sa famille. La vocalité italienne influença certainement le chant français en ce début de XVIIe siècle, en particulier dans la pièce que nous présentons ici : « Hola ! Charon », un dialogue à la fois mythologique et courtois qui n'est pas sans rappeler l'opéra florentin alors en pleine floraison. Nous voilà avec ce bel air de Guédron au cœur de notre thématique puisque l'on y entend Charon refuser de prendre dans sa barque une âme morte de trop d'amour, pour ne pas offusquer le « Maître des Dieux »... tant est puissant le pouvoir de l'Amour !

 

Marco Horvat