Présentation
Poésie et musique de Guillaume de Machaut
Ensemble Faenza
Direction: Marco Horvat
30 mars 2004
Amphiteâtre Cité de la Musique
Marco HORVAT : chant, citole et vièle
Bruno BOTERF : chant
David FIALA : chant
Axelle BERNAGE : chant
Bruno CAILLAT : percussions
Michaël GRÉBIL : cistre, luth et vièle
Magali IMBERT : flûte et psaltérion
Garth KNOX : vièle
Jean-Lou DESCAMPS : vièle
Jean-Luc DEBATTICE : comédien
Anne-Madeleine GOULET : mise en espace
« Car qui de sentement ne fait,
son ouevre et son chant contrefait »
Guillaume de Machaut, le Remède de Fortune
Machaut fut, au XIVe siècle, aussi grand poète qu'il fut grand compositeur. On le reconnut comme tel de son vivant et cette citation extraite d'un traité anonyme circulant près de cinquante ans après sa mort prouve assez que son influence sut perdurer. Il nous paraît essentiel, aujourd'hui, de replacer la musique de Machaut dans son contexte poétique et - quand c'est le cas - narratif. Quelle œuvre s'y prête mieux que le Remède de Fortune ?
Il s'agit d'un grand dit narratif de plus de 4000 vers, composé avant 1349, dans lequel les insertions musicales, loin d'être de simples ajouts décoratifs, participent pleinement au déroulement de l'intrigue. Machaut l'a même conçu comme un véritable art poétique, où toutes les formes lyriques existantes sont représentées. Le Remède met en scène le poète lui-même, dans une allégorie qui le mènera, par le biais de la fin amour, d'une jeunesse oisive et stérile à une maturité artistique créative.
L'état "d'innocence" et de dispersion qui caractérise le narrateur - s'agit-il de Machaut lui-même? - au début du récit cesse dès la rencontre avec sa dame, qui le fait tomber irrémédiablement sous l'emprise de l'amour. C'est elle, la "flour souvereinne", qui lui apprend à n'écrire désormais que sous la dictée du cœur « car qui de sentement ne fait, son ouevre et son chant contrefait. »
La voie de la fin amour n'est pourtant pas facile. L'amant va se trouver tiraillé entre deux forces contraires: Désir, qui le pousse à se déclarer et Courtoisie, qui l'oblige à le garder secret. Un jour, par malheur, il se trouve contraint de chanter pour sa dame son grand lai d'amour. La belle, charmée, lui demande qui en est l'auteur et lui, pour ne pas se trahir, ne peut que se résoudre à fuir celle qu'il aime sans prononcer une parole.
Désespéré, il se réfugie dans un beau jardin solitaire où il peut se livrer à sa révolte contre Amour et Fortune, causes de tous ses malheurs. Là, lui apparaît une mystérieuse dame qui saura guérir son cœur malade en lui enseignant le remède de Fortune: Patience et Contentement. Cet être bienfaisant, avant de disparaître, lui révèlera finalement son nom: Espérance. Rasséréné, le poète retrouvera la force de retourner vers sa dame et de lui avouer enfin sans crainte son amour. Ils scelleront leur union mystique par un échange d'anneaux, sous le regard bienveillant d'Espérance.
C'est donc à un parcours initiatique que nous invite le Remède de Fortune. Mais c'est une initiation bien douce, car le chant y est toujours présent et « chanter vient de leëce de cuer ». Le chant vient de la joie du cœur.