Forum Opéra
Giulio Caccini "Le Romain" fut un chanteur et instrumentiste très apprécié par de grandes familles telles les Medici et les Bardi, non seulement en Italie mais également à la cour de France. Il arrivait même à chanter dans la tessiture de ténor et dans celle de basse et ses talents musicaux furent bien plus fructueux que ses désastreuses intrigues de palais qui lui valurent une réputation, méritée, d'ignoble arriviste...
Sous le titre du Jardin de Giulio Caccini - le compositeur s'intéressait aussi à l'horticulture - Marco Horvat nous propose quelques pièces caractéristiques de la Renaissance finissante. Les pièces choisies présentent des affects très différents, entre euphorie amoureuse et sombre mélancolie et illustrent le stile nuovo émergent de l'époque.
Sur le plan de l'interprétation, on notera immédiatement l'indéniable maîtrise technique de Marco Horvat. Non content de jouer admirablement du luth, ce dernier enchaîne mélismes et autres trilles avec confiance et naturel, notamment dans "Amor, che deggio far ?". Son timbre de voix sombre, profond et rocailleux en surprendra d'ailleurs plus d'un. De plus, l'artiste a eu l'excellente idée de renouer avec les pratiques de l'époque consistant à s'accompagner lui-même et les doux accords de son luth épousent donc au plus près la ligne de chant, permettant de fréquents changement de tempos, afin de "coller" au plus près au texte.
"Tu ch'ai le penne, Amore", "Si de los ojos nace" ou "Mentre che fra doglie e pene" sont donnés avec une éblouissante vivacité sans que jamais les passagi ne constituent des étalages de virtuosité gratuite, tandis que les instrumentistes s'en donnent à coeur joie, insistant sur le caractère dansant de certains morceaux jusqu'à s'enivrer de leurs propres accords. Bien que Marco Horvat prétende avoir opté pour un continuo sobre, ce dernier s'avère bien présent et extrêmement coloré (notez le lirone) mais n'empiète heureusement pas trop sur les voix. La soprano Olga Pitarch n'apparaît, hélas, que dans quatre pièces et c'est bien dommage : son "A quei sospiri ardenti", sorte de cri de désespoir feutré, est empli d'une douleur insoutenable. En un mot comme en cent, c'est un enregistrement de haut vol qui nous est offert ici. Ajoutons enfin que l'agréable notice du disque est d'une lecture très instructive et qu'il ne reste donc aucune excuse à ne pas visiter ce jardin mouvant où mélancolie et joie se côtoient, avant que ne tombent les premières feuilles jaunies par l'automne, comme autant de partitions cacciniennes qu'on eut pu croire fanées.
Sous le titre du Jardin de Giulio Caccini - le compositeur s'intéressait aussi à l'horticulture - Marco Horvat nous propose quelques pièces caractéristiques de la Renaissance finissante. Les pièces choisies présentent des affects très différents, entre euphorie amoureuse et sombre mélancolie et illustrent le stile nuovo émergent de l'époque.
Sur le plan de l'interprétation, on notera immédiatement l'indéniable maîtrise technique de Marco Horvat. Non content de jouer admirablement du luth, ce dernier enchaîne mélismes et autres trilles avec confiance et naturel, notamment dans "Amor, che deggio far ?". Son timbre de voix sombre, profond et rocailleux en surprendra d'ailleurs plus d'un. De plus, l'artiste a eu l'excellente idée de renouer avec les pratiques de l'époque consistant à s'accompagner lui-même et les doux accords de son luth épousent donc au plus près la ligne de chant, permettant de fréquents changement de tempos, afin de "coller" au plus près au texte.
"Tu ch'ai le penne, Amore", "Si de los ojos nace" ou "Mentre che fra doglie e pene" sont donnés avec une éblouissante vivacité sans que jamais les passagi ne constituent des étalages de virtuosité gratuite, tandis que les instrumentistes s'en donnent à coeur joie, insistant sur le caractère dansant de certains morceaux jusqu'à s'enivrer de leurs propres accords. Bien que Marco Horvat prétende avoir opté pour un continuo sobre, ce dernier s'avère bien présent et extrêmement coloré (notez le lirone) mais n'empiète heureusement pas trop sur les voix. La soprano Olga Pitarch n'apparaît, hélas, que dans quatre pièces et c'est bien dommage : son "A quei sospiri ardenti", sorte de cri de désespoir feutré, est empli d'une douleur insoutenable. En un mot comme en cent, c'est un enregistrement de haut vol qui nous est offert ici. Ajoutons enfin que l'agréable notice du disque est d'une lecture très instructive et qu'il ne reste donc aucune excuse à ne pas visiter ce jardin mouvant où mélancolie et joie se côtoient, avant que ne tombent les premières feuilles jaunies par l'automne, comme autant de partitions cacciniennes qu'on eut pu croire fanées.
Viet-Linh NGUYEN