Opéra International
Une double réputation entoure Giulio Caccini (1551-1618) : "inventeur" de la monodie aux débuts de l'ère baroque, ce dernier aurait ainsi révolutionné la musique occidentale et déployé d'uniques qualités de théoricien. Un corollaire à cette réputation : il serait un mauvais compositeur. Une certitude, avérée celle-là : il s'accompagnait au luth. Saluons Marco Horvat d'avoir vérifié ces assertions et mis en œuvre la certitude. Et puisqu'il est tout autant luthiste que chanteur, et que, pour ce disque, il conjugue ses deux talents, il chante donc...assis en s'accompagnant, et tire le meilleur parti possible de cette posture, qui n'est pas que physique.
Tout comme Caccini ne se soucia pas de projeter le son dans une salle menue et au-delà d'une poignée d'auditeurs, Marco Horvat ne cherche pas à convaincre plus loin que le microphone ; puisque, en parfaite connaissance de son outil vocal, il chante pour lui et ne se pense pas en représentation,il utilise ici tout son ambitus vocal d'exercice, alors que, pour lui comme pour tout chanteur, l'ambitus "de concert" est sensiblement plus réduit. Aussi sa ligne de chant ne s'occupe-t-elle que de souplesse ; ainsi cisèle-t-il une dé- clamation où s'entrelacent cantando et parlando, et orne-t-il avec une extrême variété.
Le résultat ? Par la "révolution douce" qu'apporte ce chant assis, auto-accompagné et intelligent, une autre musique se découvre à nous, celle d'un aède néo-antique, tandis que surgit une autre poétique, profonde et complexe. Voici, enfin, une naturelle communauté d'esprit entre un musicien actuel et la civilisation de Baldassare Castiglione et de Torquato Tasso.
Sans crier gare, un interprète ouvre et réalise une démarche anthropologique (c'est tout le contraire de la recherche, vaniteuse, d"'authenticité") que nombre d'historiens des civilisations évoquent mais peinent à mettre en oeuvre.
Pour certains morceaux, Marco Horvats'est adjoint la collaborationd'une excellente soprano, 0lga Pitarch, mais également de quatre instrumentistes, tous en phase idéale avec ce projet interprétatif. Un travail, déjà passionnant et riche de développements, est ici proposé. Une voie, vaste et radieuse est ouverte : à son auteur de poursuivre (et à d'autres de s'y engouffrer ?), et vite !