Répertoire

Très belle présence des voix comme des instruments.

Notice passionnante, très bien documentée.


Voici une intéressante  anthologie de pièces italiennes du « stile nuovo » qui renoue avec une pratique courante à l'époque de Caccini, celle qui consistait à chanter en s'accompagnant soi-même au luth ou avec un autre instrument à cordes pincées.
 
En choisissant cette option d'interprétation, Marco Horvat fait, aujourd'hui, œuvre de pionnier. Saluons donc son originalité et son courage, même si le luthiste reconnaît ne pas avoir tout à fait, avec son timbre sombre et un peu rocailleux, les moyens d'un véritable chanteur.
 
Le fait de s'accompagner soi-même permet cependant, d'après Marco Horvat, qui en fait ici la démonstration, de réaliser au mieux la fameuse« sprezzatura », cette liberté rythmique et expressive qui est laissée à l'interprète, notamment dans l'ornementation de la ligne de chant. Le résultat reste inégal, parfois réellement enthousiasmant (« Tu ch'ai le penne, Amore », ou le mélancolique « Funeste piagge »), parfois nettement moins convaincant, avec des détimbrages désagréables (« Toma, deh toma »,« Pasciti pur del core ») et un registre grave bien mal servi (« Pietà di chi si more », « Parto, nel mio partir »).

Passionnant, en revanche, est le travail sur la langue, cette poésie italienne aux sonorités charnues, parfois rustiques, parfois aristocratiques,à laquelle Marco Horvat donne un relief, une saveur inouïs. L’usage du parlando nous ramène ici vers le théâtre et la déclamation (« Amor, che deggio far? » et surtout « Da gl'abissi del mio cor »).

Hormis quatre pièces chantées par la soprano 0lga Pitarch et une toccata de Trabaci, Horvat le luthiste chanteur assure tout le programme, qui met à l'honneur Giulio Caccini, bien entendu, mais aussi sa fille Francesca, Barbara Strozzi, Kapsberqer, Frescobaldi, et quelques contemporains moins connus comme Giulio San Pietro de' Negri, Guglielmo Miniscalchi et Enrico Radesca di Foggia.

Parcourant toute la palette des affects, de la plus profonde mélancolie à la jubilation amoureuse, cet album constitue un hommage peu commun à l'esprit de l'Italie pré-baroque.

Christelle Cazaux