Note d'intention de Marco Horvat

Le projet « Machaut Must Go On » est venu de la conjonction de plusieurs facteurs déterminants :

  • une grande passion pour l’œuvre de ce génie de la littérature et de la musique française.
  • la fréquentation assidue de ses compositions au sein de différentes formations de musique médiévale (dont Faenza a ses débuts !).
  • la résidence de Faenza à Rethel et sa prochaine implantation en Champagne-Ardenne, terre qui vit naître et se développer le grand Guillaume.
  • les expériences menées lors de notre première année de résidence à Rethel, qui donnèrent lieu à un récital de chansons françaises de tous les temps et sur tous les modes : « Voix des villes et voie des chants »
  • l’envie de sortir la musique ancienne des carcans intellectuels et formels de la reconstitution, pour l’aborder comme une musique vivante.

Le contact avec une tradition vivante, celle de la musique traditionnelle indienne, où le savoir se transmet directement de maître à disciple, m’a convaincu qu’arrivé à certains degrés de complexité, il était impossible de retrouver l’essence de musiques que seul l’écrit conserve. Les compositeurs du XVII siècle, déjà, en étaient cons- cients, tel ce contemporain de Lambert qui affirme qu’il est « impossible de bien chanter ses airs si on ne les a appris du compositeur lui-même ». Si tel était le cas au XVII siècle, combien plus est-ce vrai pour nous et... combien plus vrai pour les audacieux interprètes qui s’attaquent au répertoire médiéval !

Un long séjour d’études musicales en Inde m’a aussi appris que la pureté, l’authenticité, ne résident jamais dans la seule maîtrise des formes, mais bien dans l’intériorisation du fond. Les musiciens indiens, solidement ancrés dans leur tradition, n’ont aucun état d’âme quant à la possibilité d’utiliser les techniques les plus modernes qui passent à leur portée : instruments d’aujourd’hui tels que saxophone, mandoline électrique, guimbarde ou systèmes d’amplification. En effet, l’authenticité, en musique, vient du phrasé et de la façon de saisir et de rendre les lignes. Cela peut être fait, à mon sens, sur n’importe quel instrument.

L’expérience de chanter Lambert avec une contrebasse et une guitare électrique a été probante : quand les musiciens connaissent leur style, tout devient possible et naturel. Il nous tardait de nous attaquer à Machaut, compositeur novateur s’il en fut, et dont la musique surprend aujourd’hui le peu d’oreilles qui ont l’occasion de l’entendre. J’ai donc réuni de nouveau une équipe « mixte » : spécialistes de la musique médiévale, musiciens baroques, interprètes et compositeurs de musiques actuelles, ainsi qu’un comédien, un créateur lumière et un sonorisateur pour nous lancer, de concert, dans cette expérimentation sur les traces de Guillaume de Machaut.

En espérant que sa musique puisse dépasser le cercle de spécialistes et d’amateurs d’antiquités qui constitue encore, malheureusement, l’essentiel de son public.

Machaut Must Go On. I firmly believe it !

Marco Horvat, directeur artistique