Présentation
Le Voir Dit est le dernier des grands dits narratifs de Guillaume de Machaut. Écrit dans les années 1360, alors que le poète est dans sa soixantaine et au faîte de sa gloire, il relate, d’une façon qui se veut un fidèle reflet de la réalité, sa relation d’amour avec Péronne d’Armentières, une jeune femme noble âgée de dix-sept ans tout au plus.
La trame en est la suivante : alors que Guillaume, malade et désenchanté, se trouve en mal d’inspiration, il reçoit un courrier d’une noble, jeune et belle personne qui, séduite par sa renommée de poète et de compositeur, souhaite devenir sa « loyale amie ». Elle lui envoie une lettre et un rondeau de sa composition, demandant au poète de le corriger si nécessaire. Ainsi commence une longue correspondance faite de lettres, de poèmes et de chansons échangées.
Alors que la région où vit Guillaume est sillonnée par des bandes armées et que la Grande Peste décime des villes entières, les deux amants n’auront cesse de se rencontrer. Cette relation vécue d’abord comme une idylle passera par des périodes de souffrance, de doutes et de malentendus, dont la moindre des causes n’est pas la disparité physique, sociale et intellectuelle des deux amants.
Une des caractéristiques les plus extraordinaires de ce chef d’œuvre, unique en son genre, est que l’histoire s’écrit en même temps qu’elle se déroule : le poète, suivant en cela les instructions de sa dame, a entrepris de faire de leur amour un Dit qui serait véridique : le Voir – « vrai » en français moderne– Dit.
Faenza s’est saisi de ce témoignage émouvant sur la vie de celui qui fut le plus grand poète et musicien français du XIV siècle pour en faire une œuvre contemporaine, une réflexion en musique sur la relation entre la création et la vie, l’art et l’amour, le réel et l’imaginaire.
Faenza continue ainsi son travail de « récolement » entre pratiques musicales issues des musiques anciennes et des musiques actuelles, cherchant, sans racolage ni complaisance, à offrir aux musiques anciennes des opportunités nouvelles, sans leur faire perdre ni leur saveur ni leur richesse.