Présentation

Ce n’est plus la saison de Raymond ni d’Hilaire
Il faut vingt clavecins, cent violons pour plaire !
On ne va plus chercher au fond de quelque bois
Des amoureux bergers la flûte et le hautbois
Le théorbe charmant, qu’on ne voulait entendre
Que dans une ruelle avec une voix tendre

Jean de La Fontaine, Épître à M. de Niert

 

 

 

La ruelle dont nous parle ici La Fontaine n’est pas une petite rue mais bien un lieu de réunion convivial, chaleureux, où musique et conversation vont de pair avec une élévation de l’esprit qui ne perd jamais de vue l’idée de divertissement si chère aux beaux esprits du XVIIe siècle. La ruelle, c’est originellement l’intervalle compris entre un des côtés du lit de la maîtresse de maison et le mur de la chambre, où elle avait coutume de recevoir ses invités les plus choisis. Le nom de cet espace d’extrême intimité est devenu un terme générique pour désigner, au XVIIe siècle, les réunions mondaines que l’on a coutume de nommer aujourd’hui « salons ».

Avec La Fontaine, Marco Horvat et Bruno Helstroffer aspirent à un monde au sein duquel la musique nous serait ainsi confiée pour nous mieux toucher. Toucher, voilà le maître mot. Et pour toucher avec un « théorbe » et « une voix tendre », il faut être proche. Les musiques du XVIIe siècle (et d’autres plus anciennes) que Faenza se plait à interpréter, sont toutes conçues pour éveiller les passions : non pour les évoquer, mais bien pour les faire vivre à l’auditeur.

Loin des sentiers battus de la reconstitution historique, Le Salon de musique est né du désir de libérer artistes et spectateurs du rituel aseptisé du concert où, séparés tant par le proscenium que par une série de conventions remontant aux XVIIIe et XIX e siècles, nous ne sommes plus en mesure de partager les émotions véhiculées par des musiques conçues pour être transmises de personne à personne.

« ... s’étant aperçu qu’ils disposaient d’un jeu de tarots, ils se partagèrent les cartes au hasard et, se retournant vers moi, chacun d’entre eux me décrivit la composition des arcanes qu’il avait tirés, me priant de composer sur chacun d’eux un sonnet ... »

Merlin Cocai da Teofilo Folengo, Caos del Triperuno (Milan, 1546)

 

 

Pour renouer avec l’esprit de divertissement et de sociabilité caractéristiques des ruelles du Grand Siècle, Faenza s’est amusé à concevoir un spectacle « à la carte », au sens propre du terme. En se servant d’un jeu de tarots (un très beau fac-simile du jeu des Visconti-Forza, créé au XVe siècle) le public sera amené composer lui-même une soirée unique que les interprètes découvriront avec lui, au fur et à mesure que les onze arcanes – tirées au hasard sur un total de vingt-deux – seront dévoilées.

Une façon de garder l’esprit en constant éveil et de sentir palpiter le flux imprévisible de la vie, avec ses tensions, ses détentes, ses surprises, ses accélérations, ses plaisirs, ses mouvements d’humeur. Une façon aussi de donner au public l’envie de revenir pour un prochain tirage, qui ne pourra manquer de produire, chaque soir, un résultat inattendu.

 

Musiques de Honoré d’Ambruys, Anonymes, Gabriel Bataille, Antoine Boesset, Georges Brassens, Bellerofonte Castaldi, Gautier de Coincy, François Couperin, John Dowland, Lambert Dubuisson, Bruno Helstroffer, Charles Hurel, Girolamo Kapsberger, Guillaume de Machaut, Tarquinio Merula, Carlo Milanuzii, Claudio Monteverdi, Robert de Visée.

 

Textes de Jean Auvray, Guillaume du Bartas, Robert Burton, Jean Genet, Hasprois, François de Malherbe, Henri Michaux, Mathurin Régnier, Lazare de Selve, Solage.

 

Coproduction : Isôn - Espace Louis Jouvet de Rethel, scène conventionnée des Ardennes.
Avec le soutien de : Ministère de la Culture / DRAC Champagne-Ardenne - Conseil régional de Champagne-Ardenne / ORCCA.
La diffusion du Salon de Musique en Avignon est soutenue par Côté Cour – Association de Coordination Culturelle des Ardennes.
Faenza bénéficie du soutien de la Fondation Orange.

  • Conception : Marco Horvat
  • Co-conception : Bruno Helstroffer
  • Collaboration artistique : Damien Bigourdan Lumières : Nicolas Roger